Fiche Guidarelli (2023) , TESTIS-2021

Contexte

En 2023, Manon Guidarelli soutient à l'Université des Antilles la plus grande enquête mondiale jamais menée sur la contraception testiculaire thermique : 970 personnes y répondent, sur une durée moyenne d'usage de 14 mois et jusqu'à 10 ans pour les plus ancien·nes. La thèse TESTIS-2021 reste à ce jour la principale source de données sur l'efficacité de la méthode en conditions réelles, et c'est elle qui alimente la plupart des chiffres qui circulent dans la communauté.

L'étude apporte trois choses inédites dans la littérature CTRT : un effectif sans précédent, une cartographie sociologique fine de la communauté utilisatrice et un signal terrain inattendu sur les effets urinaires. Elle donne aussi l'occasion de clarifier un point de communication récurrent autour de l'indice de Pearl : la thèse calcule en réalité trois estimations distinctes selon le sous-groupe retenu, qu'on a tendance à confondre dans le discours grand public.

Ancrage de l'étude

Il s'agit d'une enquête transversale descriptive en ligne, conduite par Manon Guidarelli (médecin) sous la direction de Roger Mieusset, dans le cadre d'une thèse de médecine. Le questionnaire a été diffusé via les réseaux militants pro-CTRT (Facebook, forums communautaires) entre 2021 et 2022, et a recueilli les réponses de 970 personnes francophones utilisant la méthode depuis au moins 6 mois. L'effectif se compose à 95,1 % d'hommes, 85,9 % vivent en France, 83,3 % sont sans enfant, 66,2 % ont un niveau Bac+3 ou plus. Le dispositif dominant est l'anneau en silicone (96 %), suivi du jock-strap/DIY (5,8 %) et du slip Mieusset (2,6 %). La durée moyenne d'utilisation à l'inclusion est de 14,1 mois, jusqu'à 118 mois (10 ans) pour les plus ancien·nes. Les mesures couvrent la sécurité clinique, l'acceptabilité, l'efficacité (seuil <1 M/mL atteint, indice de Pearl) et la fonction sexuelle (questionnaires standardisés ASEX et MSHQ). La thèse n'est pas peer-reviewed au sens d'une publication en revue.

Rappel express, qu'est-ce que l'indice de Pearl ? L'indice de Pearl mesure le nombre de grossesses non planifiées pour 100 couples qui utilisent une méthode contraceptive pendant un an. Plus l'indice est bas, plus la méthode est efficace. Un exemple parlant : pour le retrait, l'indice de Pearl est de 22, soit en moyenne une grossesse pour cinq couples sur un an. Pour le stérilet cuivre, il est autour de 0,8, soit environ une grossesse pour 125 couples sur un an. La pilule en vie réelle se situe entre 5 et 9, le préservatif autour de 15 (Trussell 2011, Contraception). À noter : l'indice de Pearl n'est pas un pourcentage, c'est un taux pour 100 années-femmes d'exposition. Écrire « Pearl 0,5 % » est une formulation incorrecte qui circule pourtant souvent.

Les principaux résultats

L'étude documente cinq résultats principaux : l'atteinte du seuil contraceptif, l'efficacité contraceptive estimée par trois indices de Pearl distincts, l'observance réelle du protocole, le profil de sécurité clinique avec un signal urinaire inédit, et l'acceptabilité globale. On les reprend dans cet ordre.

1. Le seuil contraceptif est atteint par une large majorité d'utilisateur·ices (Guidarelli 2023, p.55). Sur les 827 participant·es ayant fait au moins un spermogramme, 766 personnes atteignent le seuil contraceptif <1 M/mL, soit 92,6 %. Le délai moyen pour y parvenir est de 3,3 mois (±1,3). Ce chiffre est cohérent avec la dynamique biologique documentée par Ahmad 2012 (azoospermie à J120 chez les 5 sujets) et avec les cohortes cliniques disposant de spermogrammes vérifiés en laboratoire, notamment Béraud 2023 qui rapporte 83,9 %.

2. Trois indices de Pearl sont calculés (Guidarelli 2023, Tableau 19 p.57). Plutôt qu'une estimation unique, la thèse présente trois Pearl distincts en fonction du sous-groupe analysé. Le tableau ci-dessous reprend les valeurs telles qu'elles figurent dans la thèse.

Population retenue N Exposition cumulée Grossesses Pearl
Toustes les utilisateur·ices (toute la durée d'usage) 966 13 634 mois 6 0,53
Confirmation par spermogramme + arrêt co-contraception 568 , 0 0
Confirmation + arrêt co-contraception • usage ≥1 an 183 3 727 cycles 0 0

Les six grossesses non planifiées rapportées dans la cohorte sont toutes survenues pendant la phase d'inhibition, c'est-à-dire avant l'atteinte du seuil ou dans les trois premiers mois d'utilisation (Guidarelli 2023, p.12 et p.56). Aucune grossesse n'est rapportée après confirmation par spermogramme. La distinction entre les trois Pearl est centrale dans la communication grand public : le 0,53 est l'estimation populationnelle de la méthode telle qu'elle est utilisée en pratique, comparable au stérilet et meilleure que la pilule en vie réelle. Les valeurs à 0 portent sur des sous-groupes ultra-sélectionnés qui ont validé le seuil par spermogramme et arrêté toute co-contraception, et ne décrivent pas la méthode dans son usage global.

3. Le protocole de terrain s'écarte du protocole académique de Mieusset 1994 (Guidarelli 2023, p.38). Moins de 5 % des utilisateur·ices respectent strictement le protocole historique de 15 h/j en port diurne uniquement. À la place, 44,8 % portent entre 15 et 17 h/j, 22,7 % portent plus de 17 h/j, et 67 % portent jour ET nuit. Le protocole de terrain est donc un port quasi-continu, et non un port diurne fragmenté. Ce qu'évalue cette enquête est un protocole communautaire de fait, pas le protocole académique d'origine.

4. La sécurité clinique fait apparaître un signal urinaire jamais documenté ailleurs (Guidarelli 2023, p.43-50, p.62). 94,8 % des participant·es rapportent au moins un effet secondaire au cours de l'utilisation. Les plus fréquents sont l'irritation pénienne (53,1 %), l'irritation scrotale (51,9 %) et la diminution réversible du volume testiculaire (31,5 %). La thèse documente surtout un signal terrain inédit dans la littérature : 21,4 % de gouttes retardataires au moment d'uriner, attribuables à la compression de l'urètre par le dispositif en position suprascrotale. Sur cette base, Guidarelli formule une recommandation pratique simple : retirer le dispositif au moment d'uriner.

5. La satisfaction globale et la fonction sexuelle sont rapportées comme améliorées (Guidarelli 2023, p.51-54). La satisfaction globale s'établit à 86 %. Les scores ASEX et MSHQ comparés entre la période pré-CTRT et la période en cours d'usage montrent une amélioration significative de plusieurs items de fonction sexuelle. Ce signal est compatible avec les autres enquêtes communautaires, notamment Rouanet 2021, mais il doit être lu en tenant compte du biais de survie : ce sont les personnes qui sont restées plus de 6 mois qui répondent au questionnaire.

Les limites de cette étude

Quatre limites doivent être posées clairement pour interpréter les chiffres ci-dessus.

Premièrement, le biais de survie est majeur. L'étude exclut d'emblée toute personne ayant utilisé la méthode moins de 6 mois. Concrètement, on ne voit que les utilisateur·ices qui ont tenu sur la durée. Les abandons précoces pour douleur, inefficacité, conflit de couple, oubli ou inconfort sont invisibles dans ces chiffres. Le 92,6 % d'atteinte du seuil et le 86 % de satisfaction sont donc mécaniquement surestimés. À titre de comparaison, Béraud 2023 (cohorte clinique avec spermogrammes vérifiés en laboratoire) rapporte 83,9 % d'atteinte du seuil, et Lalieux 2022 (CHU Bruxelles, suivi clinique strict) rapporte 75 %.

Deuxièmement, l'ensemble des données est déclaratif. Les spermogrammes sont auto-rapportés sans vérification de date, de laboratoire ni de valeur. Les durées de port quotidien ne sont mesurées par aucun datalogger. Les grossesses ne sont pas confirmées par test indépendant. La thèse le mentionne explicitement. Sur ce design, le biais de désirabilité sociale (la tendance à donner des réponses jugées valorisantes par le groupe d'appartenance) est probablement présent, d'autant plus dans une communauté militante.